Au commencement fut l’échec.


N’ayant jamais écrit lorsque l’idée de mon premier roman Parties communes a pointé le bout de son nez, j’ai pensé que je ne serai pas suffisante à l’accouchement, qu’il serait plus riche plus vrai plus fort à deux. Comme au lit.
Je me sentais capable d’écrire la partie féminine de chaque scène amoureuse mais j’étais persuadée que seul un partenaire d’écriture pourrait camper les personnages masculins. Nous nous enverrions une scène à écrire en regard, ça serait simple et mutuellement enrichissant. J’étais vierge d’écriture, j’étais si débutante.
Je proposais cette collaboration à un premier camarade qui aimait lire…cela ne suffirait pas : se mettre dans la peau d’une dizaine d’hommes différents (ou même d’un seul) s’avéra pour lui impossible, il ne parvenait à écrire ni situations variées ni personnages multiples. J’essayais à plusieurs reprises de l’aider, j’y mettais beaucoup d’entrain et de patience mais le temps passait et ne voyant rien venir de probant, je devais renoncer. Vu le sujet, je trouvais délicat de dire à cet homme qu’il manquait cruellement d’imagination… je prenais pincettes et circonvoluais, je perdais un temps fou mais pas l’espoir : je proposais l’aventure à un autre camarade qui écrivait du théâtre et de la poésie. Deuxième échec, il ne proposait que de maigres variantes d’une même pratique, pas de quoi brosser un roman choral sur les relations amoureuses et sexuelles. Je décidais alors qu’il n’y aurait pas de troisième coït interrompu et je me jetais seule dans l’écriture de mon roman. Après tout était-il besoin d’être tueur en série pour écrire un bon thriller ? Dans le métro, je me surprenais à regarder les femmes comme un homme pouvait les envisager.
Depuis, si j’écris seule en apparence, je sens bien que nombre d’ombres me tiennent la plume, et je me demande régulièrement avec le fantôme de qui j’ai fini par écrire. Quand j’écris je sens bien que nous sommes toute une bande à le faire, en tout cas davantage qu’une ou deux. Comme une variante du « Qui est là ? » au début d’Hamlet.
Régulièrement revient l’envie d’écrire à deux, pour aller plus loin plus profond, pour approcher plus près du mode d’emploi de la vie, cet animal sauvage à poil raz de marée impossible à saisir.
J’avoue que le mode d’emploi est mon mythe préféré, ma licorne. Une ombre de mille feux qui se chasse et s‘écrit la nuit ou au tout petit matin sans témoin de cette tentative touchante et désespérée. Avec notre plume pour complice. Nos plumes d’Icare, diraient d’aucuns. Et ils auraient raison. En faisant consciencieusement semblant de mentir dans l’espoir d’entrevoir une vérité. Une vérité crue à laquelle croire.
En proposant à ces deux camarades d’écrire Parties communes avec moi, j’avais commencé par l’élan alors qu’il fallait commencer par une complicité profonde, la correspondance vibratoire que l’on rencontre au cœur battant de la nuit.
« Les gens il conviendrait de ne les connaitre que disponibles à certaines heures pâles de la nuit » (Richard, Léo Ferré)
Lors de ma quête de partenaire d’écriture, je ne cherchais pas mon frère Goncourt, je désirais simplement vivre une superbe effervescence, un jaillissement, un grand vertige. Je voulais foisonner davantage que toute seule. Comme en amour.
Écrire à deux, c’est la promesse d’un joyeux bordel dont je veux encore faire le pari. L’écriture me dépasse, alors à deux, quel plaisir ce doit être !
Si les préliminaires à Parties communes furent longs et laborieux par manque de répondant masculin, cette envie d’écriture à quatre mains est toujours présente et a été récemment ravivée par la lecture d’un superbe recueil de poésie paru aux Editions Unicité de François Mocaer dans la collection Chantelangue & Compagnie dirigée par Laurent Desvoux-D’Yrek. Il s’agit d’un échange de suc érotique entre Aline Angoustures et Philippe Moron, intitulé Le divan double.
En introduction de leur ouvrage commun on peut lire cette citation de Roland Barthes :« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots «.
Je n’en dis pas plus et m’efface sur la pointe des doigts. Je vous laisse découvrir ce merveilleux bijou à deux…


* Parties communes (Editions La Musardine)

Chère Amie je ne lis pas t’es mots …. je les savoure…je les déguste… j’aime tellement ton écriture si puissante ! Quand je te lis je rentre en moi pour un voyage de poésie d’érotisme de sensualité. Ton écriture affole délicieusement mes sens . Merci de nous offrir la richesse de ta plume .
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