5 questions hot à Anne Vassivière, auteure de livres érotiques

Les mots ont-ils un pouvoir aphrodisiaque ? Si oui, quels sont ceux qui excitent et ceux qui rebutent ? Comment parler de sexe et raconter le désir ? Peut-on tout écrire ? Quelles scènes érotiques parlent le plus aux lecteurs ? Nous avons demandé leur avis à plusieurs auteures, et c’est Anne Vassivière qui ouvre le bal…

« Vivre l’instinct présent », tel est le mantra d’Anne Vassivière, l’auteure de Parties Communes, un livre qui pénètre les pensées intimes des douze habitants d’un même immeuble. Dans ce roman, Anne interroge les relations humaines, amoureuses et charnelles. Elle se met dans la tête de chacun de ses personnages, elle voit et donne à voir à travers le prisme de l’autre, permettant ainsi de mieux le comprendre. Rencontre avec une auteure qui invite à partir à la recherche de l’autre et à la découverte de soi.

« Quelle est la scène érotique que vous avez écrite dont vos lecteurs vous parlent le plus ? »

Ce ne sont pas forcément les scènes les plus explicites qui plaisent le plus. C’est plutôt celles de troubles et de gourmandise. Ce qui est cru est différent de l’excitation. L’avantage de ce roman choral avec douze personnages est que chaque lecteur se retrouve un peu dans l’un d’eux. Et si l’immeuble haussmanien offre une unité de lieu, on trouve des personnes de styles très différents selon que l’on vive partie cour ou pas.

Enfin, il me semble que les hommes, qui « intellectualisent moins », qui sont moins dans la pensée, cherchent ou trouvent des réponses à leurs comportements et à leurs sentiments à travers cette lecture. Comme je l’ai fait pour mieux les comprendre à travers l’écriture.

Quels sont les écueils à ne pas commettre quand on parle « sexe » ?

L’effet catalogue est à éviter, comme les propos non crédibles, trop loin de la réalité de tout un chacun, les images trop clichés, les mièvreries : un château, un homme riche et sa secrétaire. Les facilités et le manque de nuances sont aussi très dommageables. Par exemple, cette vision manichéenne d’une femme soit soumise soit dominatrice, comme s’il n’y avait rien entre les deux… A contrario, le fait de parler avec sincérité, de dire aussi ce qui foire, de ne pas avoir de fausses pudeurs ni de fausses impudeurs, tout cela apporte de l’authenticité à l’histoire. Comme le fait de montrer des personnages qui changent et qui évoluent, qui sortent des stéréotypes. Je crois que le but est de réenchanter la sexualité.

« Quels sont les trois mots qui revêtent à vos yeux le plus de capital érotique ? Pourquoi ? »

Dans Parties Communes, le Dr Dupuis dit « vagin » comme un Graal, c’est là un mot magnifique, tandis que Ben, un autre personnage pas très recommandable, en fait quelque chose plein de mépris, il exploite le terme froidement. Bon, j’ai des limites, je n’aime pas « salope » par exemple, mais je suppose que c’est personnel. Vous connaissez le dicton « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » ? Je pense que c’est pareil avec le désir et l’amour : on peut jouir de tout mais pas avec tout le monde. Les allitérations comme dans petite culotte, je trouve ça joli, ou les sonorités des mots cuisses, entrecuisses, fouiller. Les impératifs peuvent être beaux aussi.

« Et les trois qui, à l’inverse, en possèdent le moins ? »
« Nibard » je trouve ça laid, mais « lolo » ou « nichon » c’est pareil, pour moi c’est tue-l‘amour…

« Un (hot) livre de chevet à conseiller ? «
Ce n’est pas parce que c’est ma bonne camarade de Point G, M-A Chabarni, qui l’a écrit que je conseille Deux jours avec lui. C’est l’histoire d’une femme qui entre en contact avec un homme sur internet et, après quelque temps, où le lecteur attend avec elle, la rencontre se fait… Que se passe-t-il charnellement ? intérieurement ? Chacun va montrer ses failles et ses faiblesses pendant deux jours et ils ne se reverront pas. Le deal initial était purement sexuel mais ils vont apprendre quelque chose d’eux-mêmes et de l’autre. C’est sincère et plein de suspense. Dans un autre style Les Gouvernantes, d’Anne Serre : trois sœurs dans une grande maison qui cherchent à vivre d’érotisme et de fantasmes… Jubilatoire !

Sur le site de Santé Magazine

Causette HD N°6 – Camille Emmanuelle

L’économie de proximité

Parties communes, d’Anne Vassivière, fait partie de la nouvelle collection créée par Octavie Delvaux au printemps dernier, pour la Musardine, intitulée «. G ». L’objectif : se distinguer de la romance érotique avec des romans singuliers, exigeants, écrits par des femmes porteuses d’un univers érotique fort.

 Anne Vassivière ne pensait pas écrire seule, au départ. Dans son roman racontant la vie sexuelle et amoureuse d’une vingtaine de personnages dans un immeuble parisien – une sorte de Vie mode d’emploi, de Georges Perec, version X-, elle a cherché un partenaire d’écriture masculin pour compléter son regard d’auteur femme. « Mais ça a été un vrai fiasco ! raconte-t-elle. Je ne trouvais chez ces auteurs, des amis, aucune souplesse dans l’imagination : tous les personnages masculins se ressemblaient, leur ressemblaient à eux ! Du coup, je me suis dit que je devais trouver en moi ce que j’avais de masculin. Je regardais, dans le métro, les femmes. Je les voyais tantôt comme des proies, comme le fait un de mes personnages, tantôt comme des déesses, comme le fait un autre.»

C’est son premier roman érotique, son premier roman tout court. À 50 ans, elle a voulu écrire ce qu’elle voulait lire, ce qui lui fait comprendre « ce qui se passe dans la tête de [ses] contemporains ». Elle cite comme référence Patrice Chéreau, qui, au théâtre ne dirigeait pas ses acteurs depuis la salle mais sur scène. « Il murmurait aux oreilles des acteurs et actrices. J’ai tenté de faire le même chose que Chéreau : je me suis mise tout près de mes personnages. Pour qu’ils murmurent à mon oreille. »

Sexualités Humaines n°34

Voici un article, publié dans le Magasine Sexualités Humaines n°34 par Agnès Verroust

« Parties communes »

Ce roman a éveillé chez moi des réminiscences cinématographiques : certains se souviendront peut-être d’Escalier C, de Jean-Charles Tacchella, avec Robin Renucci et Jean-Pierre Bacri (1985).

Parties communes, d’Anne Vassivière, nous fait assister à la vie des habitants d’un immeuble haussmannien, dont la façade est en ravalement. En pensant à ce roman, c’est le mot ‘ entropie » qui m’est venu à l’esprit. Derrière l’échafaudage, l’ordre règne sous la houlette de la très convenable Nadège Duderval, la propriétaire. Les secrets restent bien gardés, les frustrations couvent, et l’on prépare la fête des voisins. Quand le désir s’en mêle, les certitudes s’effondrent, les couples se défont, et de multiples combinaisons verront le jour entre les personnages. Le secret du quatrième étage sera dévoilé, et triomphera l’amour. Un nouvel ordre s’établira, pour le bonheur de tous, ou presque…

Parties communes est un roman érotique écrit pour les femmes, avec des situations et des mots crus, des scènes pornographiques. Si « le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier », c’est qu’on n’a pas monté ces escaliers-là ! Les locataires s’y croisent et s’y emmêlent, multipliant les possibles. Le sexe y est parfois graveleux, parfois magique, parfois raté, parfois savant, parfois gourmand. Le lecteur trouvera de jolies inventions de langage : « du passé, il me table rase » ; « je l’y millefeuillette, elle m’y croquenbouche ».

Chaque personnage raconte à la première personne, avec son propre style, son vocabulaire, son point de vue. Certes, ils sont un peu caricaturaux : Nadège Duderval la coincée, son fétichiste de mari tout autant, le très macho Jean-Do, Carole experte en simulation, Ben le misanthrope, le Jeune Homme du cinquième dans le rôle de l’Amoureux, Michèle et Catherine, les sœurs ennemies…C’est d’ailleurs un des intérêts de ce roman, de dire les choses du sexe de plusieurs façons, poétique ou vulgaire, précise, obscène, selon les protagonistes.

Et puis, mine de rien, ce roman parle aussi de l’échec de la communication dans les couples, des femmes qui n’osent rien dire et des hommes qui n’écoutent qu’eux-mêmes (mais ça pourrait aussi être le contraire), de l’amour du sexe et du sexe sans amour ; de la découverte de l’autre et de soi-même, bref, de toutes ces choses dont parlent les femmes entre elles.