Regelinda (989-1014), cathédrale de Naumbourg

Hier, sur le Cabinet de Curiosités d’Eric Poindron, j’ai relayée la photographie de ce visage sculpté. Elle avait été partagée par François Verdier, Monique Calinon et Sophie Chauveau. Sophie Burin en a identifié la provenance. Plus de 1000 personnes ont été émerveillées par ce sourire, ce qui m’a inspiré ce texte.

Ce sourire fait le grand aveu de la joie pour aller chercher la nôtre. La pierre n’est que support au temps, cette femme confesse qu’elle est de chair. Inutile de scruter les doctes mines des statues pour y moissonner un grand message, le sourire de celle-là nous attrape, impossible de troquer la réalité de notre condition pour de savants symboles : elle nous montre le chemin par l’exemple. Car notre condition est aussi joie hors de toute niaiserie et vertus obligatoires qui nous compriment l’envergure. Entre l’air habité des doctrines incapables d’enfanter du vivant et la compassion de façade, il y a la joie. La vie qui jouy et fait pâlir le temps. La pierre devient alliée de l’artiste qui a osé ce défi du sourire franc et direct, malicieux et sans faille. Goulu. Il a pris le risque de la singularité et c’est précisément cette marginalité qui nous oblige à reconnaitre le lien. Nous formons famille par le sourire, luxe suprême au regard des limitations et souffrances communes. De cette exception éclot l’universel. Le clin d’œil est donc dans le sourire. Comme un choix. Celui de la joie et de l’invitation à être chair vibrante sans réduction à la luxure ou à la maladie.

Chacun, chacune a cherché où trouver cette statue. C’était important. Certaines, certains ont émis le souhait d’aller la voir pour boire ce sourire à la source. Or, il dépasse temps et géographie, c’est pourquoi nous y reconnaissons la porte singulière dont nous avons tant besoin. Cette pierre dépasse le statuaire, elle gagne le combat de l’immobile, elle désarme tout atermoiement.

« Sois l’enjouée ! Ouvre les yeux, ouvre lèvres et cœur ! Pétille ! », nous dit-elle. « Embrasse la marge, accueille l’aléatoire ! Suis-moi en singularité, j’entraine la tienne par la contagion du sourire. Reconnais-toi en moi, viens ! Tout est grave mais rien n’est sérieux ! »

On n’échappe pas à l’évidence de cette rencontre. Malgré le support qui l’a menée jusqu’à nous, elle n’a rien de virtuel. Dieu que la politesse de joie de l’artiste est bienvenue en ce moment !
L’intuition fondamentale du sourire, c’est fugace, c’est fragile, c’est vivant. C’est de chair, ça dépasse temps et morale. Cette femme n’est ni pudique ni discrète, pourquoi le serait-elle ? Elle est le grand troupeau humain au meilleur de lui-même, abandonné à la chance d’être en vie. Elle dénonce par contraste l’effort des tièdes pour rester d’impeccable morgue et nous imposer le désespoir.

« Ce que l’on retiendra de toi, c’est le moment où tu étais la plus vivante. », nous dit-elle.

Merci à l’artiste, à l’artisan, à tout ce qu’il a vécu pour en arriver à ce legs qui nous réjouit tant. Et à la femme qu’il a prise pour modèle. Reconnaissance éternelle pour cet élan qui échappe au temps.


Quelques commentaires parmi toutes les réactions :

Bertrand Valton
C’est surtout la seule et unique statue dont émane un authentique et franc sourire. De mémoire il n’y en a aucune autre.

Laurence Lgrge
Tellement vivante !

Annick Gambotti
Ses yeux, son sourire…
De la lumière !
Magnifique !

Annick Chevalier
Un regard malicieux et pétillant d’intelligence

Isabelle Fleury
Au moins un beau sourire qui vient du passé espérons qu’il inspire le monde d’aujourd’hui si grichu !

Isabelle Cade
Elle me fait sourire aussi quand je la regarde, super bien fait.

Magali Thouvenin Gérard
Je ne me souviens pas avoir vu une sculpture ancienne souriante, c’est magnifique ! Merci du partage.

Alain De Vinck
L’art médiéval est souvent resplendissant; il est sublime ce visage de femme heureuse.

Nicole Evans
Expression si rare qui éclaire tout le visage.merveilleux.

Jacotte Guilbaud
On dirait qu’elle a nous accueille chez elle, elle vient d’ouvrir la porte et nous sourit pour nous laisser entrer.

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