Tours et Détours, Écrire c’est Traduire

(c) 2021 : Anne Vassivière

She measured me with snow a-melting
Left me to my own bones’company
Whining and burning emptiness
Shining of tears dried on my cheeks

Part last scorching all parts before
Old drama our turn
Though not acting an act
Though not singing a song

Bees and confidence fading with her
Night a-burning now that morrow no more
Broken cauldron of rebirth
Purple hours no more

Wavy hills monstered into unspoken peaks
Self-given field of rest no more
Rivers a-flowing eyes of mine
Haste of new beginning no more

Unlit mystery forever curled in pit
Unexpected guest of eternity
Wrinkled thoughts of caressed past
Her blue voice no more

Nighty nights unwelcome
Life of many a tide done
Solitude paces room of sorrow hands
Hungry hours feeding on sisters

Time has no fruit left to teach me
Wind listens
Denobled lady of silence
Wings gone with open window

The day I’m going to lose my mother
The truth and I will be one and lonely

Ce texte est né au fil de la plume et je n’ai pas compris de quoi il retournait en l’écrivant. Les deux dernières phrases sont arrivées quelques jours plus tard lorsque, ayant parlé à ma mère et la trouvant plus fatiguée qu’à l’accoutumée, j’ai saisi ce que le poème racontait. Le texte a jailli en anglais, j’imagine qu’en français, il me serait resté dans la gorge. La langue étrangère a filtré la pudeur, elle a agi en rempart à l’émotion que cette évocation générait.
Rassurons-nous, le jour dont je traite n’est pas d’actualité, je l’ai imaginé.
Je me suis ensuite prise au jeu de la traduction. Consciente que ma pudeur s’était réfugiée dans l’anglais, j’ai tenté de la mettre à l’épreuve de la langue maternelle : n’était-ce pas le sujet ? Voilà ce que cela a donné :

Une vie cadencée à l’élan des nôtres
Trois filles, sabliers de neige aujourd’hui laissés à la compagnie de leurs seuls os
La chambre n’est que vide et il geint, renifle et bombe le torse, le sale bougre
Sur nos joues de sœurs, des traces de vif argent refusent de sécher

Ultime scène du dernier acte, âtre des précédents
Notre tour est venu pour le drame ancestral qui brûle le temps dans les veines
Pourtant personne ne semble ni ne mime, vies et morte paraissent ce qu’elles sont
Nulle chanson fredonnée, aucun pas ne se danse, tout sang est figé

Les abeilles de ses yeux ont cessé le vibrato, où maintenant déposer nos confidences ?
La nuit crame son dernier matin
Le chaudron est fêlé, nos enfances en ont fui
Le pourpre se refuse désormais aux aurores cardinales des préambules
Des révérences orbées de la colline sont nées trois monstrueuses muettes
Les champs de nous-même resteront sans possible repos
Nos yeux à la dérive confluent et se jettent à la mère
Les lendemains qui pressaient ensablent à présent nos corps

Ce qui ne s’est pas dit, ne se dira jamais
Gouffre de l’éternité, demeure inopinée
Nos pensées parfois se rideront des caresses du passé
Et le bleu de sa voix minera nos refuges de silence

Trois vies de petites et de grandes marées
Plus de nuit assez noire pour savoir les bercer
Trois, chacune avec son chagrin qui va et vient dans ses mains
Les heures affamées se repaissent en tribu

Fruits du temps, vains et blets
Zéphir prêtant l’oreille
Notre dame a perdu son titre et s’est livrée au grand silence
Toute aile s’est envolée avec la fenêtre ouverte

Le jour où je perdrai ma mère,
La vérité et moi seront une et indivisiblement seule

(c) 2021 : Anne Vassivière

Si j’avais écrit ce texte directement en français, il aurait été totalement différent. Ce qui s’est dit, l’a été entre les langues, dans l’interstice de la pudeur. La traduction littérale s’est avérée impossible et j’ai dû louvoyer en tous sens pour expliciter ma pensée et éviter les contresens ; ce sont précisément ces contorsions qui m’ont amenée à approfondir mon travail.
Ce qui se dit dans une langue n’est pas transposable à une autre. Il ne s’agit pas seulement du sens mais également du son et de la forme. De la syntaxe aussi : je construis mon sentiment comme je construis ma phrase. L’anglais m’a ici permis de toucher autre chose. C’est en m’éloignant de ma propre langue que j’ai ensuite pu y revenir plus fort. Ici, il ne s’agit pas tant d’une traduction que d’une augmentation. La langue anglaise m’est chère mais pas intime, elle m’a permis de calmer la pudeur pour ensuite aller vers l’intime. Comme pour les gros mots, les mots orduriers que nous retenons sans difficulté dans une langue étrangère et que nous jubilons d’utiliser car ils ne résonnent pas en nous avec l’interdit qui génère de la gêne quand nous les prononçons dans notre langue.
Je suis traductrice même dans ma propre langue. Écrire, c’est la traduction infinie.

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