Les Saisons de Lili : Épisode 12

12.


© 2020 : Anne Vassivière

Vendredi 29 octobre 82
Je sais pas ce qui me prend mais j’ai encore envie de sortir avec Philippe, mon vieil amour caché qui le sait toujours pas (remarque, après toutes ces années, il s’en doute peut-être). Je pense que c’est parce que depuis qu’il est revenu des vacances il est tout bronzé et que ça fait ressortir ses beaux yeux verts. Moi, j’ai honte de jamais être bronzée parce que c’est comme ça que tout le monde peut le voir, que je pars pas en vacances. C’est vraiment un gros bourgeois de fils d’ingénieur, Philippe, mais, bon, personne n’est parfait, il parait. (Je pense qu’en fait je me sens seule, et qu’avoir un petit copain me ferait du bien. Je crois qu’en fait je m’en fous de Philippe, mon ex-amour caché. D’ailleurs il porte même pas de badge Solidarnosc. Le mien, c’est ma meilleure amie qui me l’a donné. Enfin, disons que je l’ai échangé contre ma broche Snoopy. J’accroche le Solidarnosc au niveau du cœur. C’est con, si j’en avais eu un autre, je l’aurais offert à mon pion mais bon je vais quand même pas trahir la cause et lui abandonner le mien, faut pas exagérer non plus ! Les mecs, on leur donne tout, notre cœur, notre corps, et eux, au final, ils s’en foutent pas mal. D’ailleurs je me demande si je l’aime vraiment à ce point, Jean-Noël. Parfois je me demande si je suis pas une espèce de Grand Meaulnes qui cherche son idéal amoureux dans la forêt. Si ça se trouve c’est même pas lui que j’aime, si ça se trouve c’est l’amour impossible, que j’aime.) (comme une âme sœur).
L’autre jour, y a une fille du lycée qui nous a proposé de la came, à moi et ma meilleure amie, mais ça coute vachement cher : 20 francs pour 1 gramme, 100 francs pour 5 grammes. Elle dit qu’avec 5 grammes on peut se rouler environ huit joints. C’est la même qui avait perdu son journal intime l’an passé et il parait que la personne qui l’a trouvé lui l’a renvoyé par la poste en ajoutant un mot : « J’espère que tu es sortie avec Pierre, finalement ! » Je n’ai pas osé lui demander si c’était vrai.
En tout cas, pour la came, de toute façon j’ai pas de fric.

Samedi 30 octobre 82
« Ce qui nous chatouille le corps et l’esprit, est le fantôme des araignées que nous avons tuées. » signé : Moi.

Dimanche 31 octobre 82
13h et il fait super beau, quelle merdre, il faut bosser : j’ai quatre interros cette semaine qui vient (dont une sur Ubu Roi, un chef d’œuvre absolu !!)
Salut !

Pareil mais 1 heure du matin,

Merdre, j’ai pas assez avancé dans mes révisions pour les interros.
Et si j’allais dans la cave pour me taper sur le poignet avec un marteau pour pas pouvoir les faire ?! C’est une putain de bonne idée! Ni vu ni connu. Peut-être même LA super bonne idée facile à faire !

Lundi 01 novembre 82
Météo extérieure : pluie
Météo intérieure : ben, forcément : pluie
Il est là, sous le préau. Sortant de l’ombre noire il est apparu et marche, comme dans mon esprit, d’un pas incertain. Il est entré dans le bâtiment et je suis seule dehors. Il aurait quand même pu venir me voir… Le voilà qui est apparu et pourtant il pleut maintenant sur moi et sur mon envie frustrée qui ne meurt pas et me ronge jusqu’au cœur qui expire peu à peu dans un immense soupir que rien ne guérit que sa vue mais qu’elle prolonge encore, toujours plus dur. Il pleut, il pleut…Il pleut partout …pour toujours… à jamais… Tout est naze…
Il faut vite que j’arrête de me déprimer…car voilà qu’à mon tour je pleure aussi… qu’est-ce que je suis nulle, de me démonter comme ça… maintenant j’ai froid alors je rentre dans le bâtiment… si je le regardais encore, sans doute que j’aurais plus chaud …mais je n’ose pas trop… parce que j’aurais l’impression de commettre une atteinte à son intimité. Dans la salle d’étude, je l’aperçois qui baille… c’est charmant.
Je ne voudrais pas qu’il croit que je le drague, c’est trop vulgaire. (Même si, d’une certaine façon c’est un peu vrai).

En ce moment je ne sais pas pourquoi, je vois que des heures bizarres, par exemple 11h11 ou 21h21 ou même des fois, 13h31 ou 09h09. Je sais pas trop si ça devrait m’inquiéter ou pas. Une fille de ma classe m’a dit que ça s’appelle des heures doubles et des heures miroir et que ça veut dire quelque chose. Ça veut dire que je suis en relation avec l’invisible. Elle est marrante, cette fille.

Mardi 02 novembre 82
18h
Aujourd’hui à 13h13 (!!!), pour la première fois de ma vie j’ai trouvé mon premier trèfle à quatre feuilles (au lycée) ! J’en ai même cueilli deux, donc ça fait huit ! Je pense que ça a une signification ici plus qu’ailleurs car je regardais mon pion en même temps!
18h20
Et si je commençais à prendre des cours de guitare avec Michel ?
20h02 (!!!)
Merde, depuis ce soir 20 heures j’ai peur de faire des projets parce que ma sœur a entendu (à la radio dans sa chambre) un Japonais qui prédisait la fin du monde pour demain (03 novembre 1982) !! Il paraitrait même que depuis des siècles et des siècles on a annoncé cette date pour la fin du monde parce que les neuf planètes sont alignées et il y a risque de collision. Si ça devait arriver (bien que ça puisse aussi faire comme en l’an 1000, ne l’oublions pas), ce serait super si c’était le matin : je pourrai me jeter dans les bras de mon pion. Ça serait vraiment super parce que je n’ai vraiment plus aucune envie de vivre cette vie de con, et si je meurs dans les bras de mon pion, ce sera la mort rêvée. Je crois aussi que j’aurais aimé que mon journal soit connu, et aussi toute ma correspondance depuis mon plus jeune âge (depuis que j’ai commencé à envoyer des missives) (mais bon, de toute façon il y en aurait peut-être pas assez, vu que je connais pas beaucoup de gens à qui écrire). On peut pas tout faire, dans la vie. En tout cas, vivement demain matin! Ça serait vraiment cool que la fin du monde arrive maintenant, ça nous éviterait toutes ces interros de merde qu’on a cette semaine ! (Remarque, ça serait un peu con parce que finalement j’ai vachement bien révisé. En plus je ne voudrais pas mourir avant d’avoir vraiment fait l’amour) (avec quelqu’un comme mon pion de préférence). Serais-je encore vivante demain, là est la question…

Mercredi 03 novembre 1982 !!
Eh bien oui, je suis encore là et tout le monde l’est aussi ! Mince, ça aurait mis un peu d’ambiance et si on avait survécu, moi, ma meilleure amie, Jean-Noël et aussi le pion que ma meilleure amie aime bien, on aurait refait le monde (et puis il y aurait eu le grand Jacques d’Alertez les bébés, et le mec de Gaby, aussi. Et peut-être même à la rigueur, Philippe, mon gros bourge d’ex-amour caché.) Et maintenant c’est foutu, tout est foutu. C’est vraiment naze.

04 nov.
19h19 (!!!)
Cette nuit j’ai rêvé de mon pion : des élèves attendaient dans le couloir devant la salle d’interros et mon pion était là aussi. Je lui ai dit « Bonjour » et je me suis approchée pour l’embrasser et c’est LUI qui m’a embrassée. C’est lui qui m’a embrassée ! Il m’a fait plein de bises sur chaque joue, ensuite c’est moi qui lui en ai fait plein, et pour vraiment finir l’apothéose : il m’a embrassée sur la bouche tout doucement ! Jamais je n’oublierai ce rêve !
J’aime rêver de lui car c’est la seule occasion où je le vois faire autre chose que marcher dans les couloirs avec des cahiers d’étude à la main. Je sais qu’il habite à la grande ville du coin, mais moi je n’y vais jamais, de toute façon.
Remarque ça serait super fastoche, en stop.
Je vais en parler à ma meilleure amie.
Avec lui j’aimerais vraiment aller plus loin que juste les rêves : il peut tout me faire.
Quand est-ce qu’un garçon va enfin tout me faire ?!?!?!

05 nov
J’en ai super marre, du club théâtre ! C’est un comble pour moi qui adore le théâtre mais je trouve que c’est un peu nul ce qu’on fait, toute cette impro qui mène nulle part.
Est-ce que je suis en pleine contradiction ? Peut-être, oui. Mais en fait je ne crois pas (parce que je pense que ce tumulte dans ma tête est normal) (et aussi parce que les autres membres de notre groupe sont exactement d’accord avec moi).
J’espère que ce n’est pas le mal de ma génération. J’espère que ça passera vite et que ça laissera la place à quelque chose de mieux.

Lundi 08 nov
17h17 (!!!)

Moi : Salut
Lui : Salut. (Et il m’embrasse quatre fois sur les joues !)
Moi : Tu as du pot de partir tout de suite !
Lui : Ouais mais je reviens à midi. Je reviens quand tu pars.
Moi : Je sais !
(Sourire de sa part)
Moi : Salut
Lui : Au revoir.

Quel échange ! C’était merveilleux ! Je ne vis plus qu’à ses heures !

Mercredi 10 nov, je sais même pas quelle heure il est et je m’en fous
Météo intérieure : nuageux, mélancolique et maussade
Météo extérieure : je m’en fous
Avec ma meilleure amie les relations sont de plus en plus fades et j’en ai vraiment marre de devoir rester au lycée le cul cloué sur une chaise à noter des conneries toute la journée. Et en plus, après, il faut les apprendre par cœur. Et on doit supporter ces nazes de profs et leurs grimaces pathétiques devant nous, pauvres potaches. Ils pourraient pas se renouveler un peu, non ? (Remarque, ces derniers temps le prof d’histoire a fait une nouvelle trouvaille : il fait joujou avec ses clefs, ce gros déb.)
Faut dire que ma meilleure amie ne comprend rien au nouveau chanteur que j’ai découvert et qui est un caméléon avec une voix qui hypnotise et une beauté d’une ampleur incroyable. Elle comprend pas pourquoi je craque complètement devant tant de grâce rock’n’roll, et moi je comprends pas comment elle fait pour pas comprendre ! Elle comprend pas non plus pourquoi maintenant je dis à tout le monde que je m’appelle Ziggy. Des fois elle est vachement arriérée, carrément tartignole.
Je me suis acheté un badge de lui, au marché. Et cet été je vais faire les maïs (c’est un terme technique, ça veut dire travailler dans les champs de maïs) pour pouvoir m’en acheter d’autres (des badges de lui) et aussi des posters. Il a la super classe (même si c’est pas sa meilleure période, en ce moment, côté chansons) et une grande maitrise de son corps (il fait du mime !) (et aussi de ses cordes vocales, évidemment) (et il a une voix et un regard imperturbables).
Il est lui-même et ça devrait être un modèle pour tout le monde. Les parents non plus, ils comprennent pas (mais ça c’est normal. Mais ma meilleure amie, c’est pas normal. D’ailleurs je crois même que mon père, il comprend MIEUX que ma meilleure amie !) (Je commence à me demander si c’est vraiment ma meilleure amie si elle comprend pas ça…)
Cette nuit j’ai rêvé de lui : j’étais à son concert. (Je l’avais écouté très tard et m’étais endormie avec sa musique alors j’en étais totalement imprégnée) (comme imbibée). Je me souviens que je regardais surtout ses grandes jambes, longues, minces. Si j’avais du fric, j’achèterais le bouquin sur sa vie et au moins tous ses 45 tours. Faut absolument que je fasse les maïs, cet été. ABSOLUMENT ! Et je garderai de l’argent pour aller le voir en concert où qu’il passe, même à Paris s’il le faut, et je le verrai évoluer sous mes yeux émerveillés et ce sera la consécration.
Une fille du lycée m’a dit qu’elle comprenait parfaitement bien que j’ai perdu trois kilos depuis que je l’ai écouté pour la première fois, parce qu’elle, elle, a eu 40 de fièvre, le jour où elle a découvert son groupe de hard rock préféré. Elle est vraiment super. Elle m’a dit qu’un jour j’irai chez elle et on se maquillera comme son groupe de hard. En plus, elle est d’accord avec moi pour dire que La soupe aux choux, c’est un drame social, alors que ma presque ex-meilleure amie, elle trouve que c’est le meilleur film de science-fiction français. En plus, cette fille, elle m’invite même à aller manger une pizza en ville et c’est la première fois que je vais au restaurant toute seule ! Avec elle, c’est pas du tout comme avec mon ex-meilleure amie. Avec elle, on a vraiment des vraies discussions et on fait des trucs de femmes.

Samedi 11 décembre, 21 h
Hier soir il y avait un super concert d’un grand groupe de hard à la grande ville d’à côté. Tout le monde du lycée y est allé, même les fils d’ingénieurs, même Philippe mon ex-amour caché. Certains y sont allés en train et certains super parents ont livré leurs cargaisons de jeunes pour ensuite aller au cinoche pendant la durée du concert et ramener leurs bambins et leurs copains et copines at home. Et moi, je suis restée chez moi comme une nulle puisque j’ai des parents nuls. Justification : le hard est une musique de voyous, il y a toujours des bagarres pendant les concerts, et de la drogue aussi. N’importe quoi. Ils connaissent même pas la chaleur qui nait, la communication qui se crée au sein du public : tout le monde se parle, tout le monde est réuni dans un même culte universel, celui de la musique, aucune ombre ne peut salir cette atmosphère de communion. Merde, c’est pas possible d’être aveugles et bornés à ce point-là ! Lâchez-moi la grappe, putain de merde !!

23h15
Du coup ce soir j’ai regardé un concert de Simon et Garfunkel à la télé.
C’était à Central Park à New-York.
Quand je pense que jamais je ne parlerai ni ne verrai des gens comme eux…quand je pense que jamais je n’irai à leur concert, que jamais je ne connaitrai tous ceux qui y étaient et je pleure pendant que tous les autres du lycée sont au super concert (et si ça se trouve, mon pion aussi).
A un moment de la soirée, j’ai cassé un verre sans le faire vraiment exprès.
Je crois que c’est un signe.
Du coup j’ai gardé le gros morceau qui s’est détaché et je l’ai mis discrètement dans ma poche.
J’ai essayé sur mon index : ça marche. Alors j’attends minuit pile pour essayer sur mon poignet.

Minuit pile
Ça y est, c’est décidé, j’essaie.
Merde j’ai la trouille alors j’y vais d’un coup sec et …meeerde ! Ça maaaarche ! Ça fait maaaaal ! Putain ça saigne, en plus ! Et ça tache tout mon journal intime parce que j’écris en direct ! C’est trop con, c’est super naze !

Meunier, tu dors
Ton moulin, ton moulin
Va trop vite.
Meunier, tu dors
Ton moulin, ton moulin
Va trop fort.
Ton moulin, ton moulin

Va trop vite.
Ton moulin, ton moulin
Va trop fort.
Ton moulin, ton moulin
Va trop vite.
Ton moulin, ton moulin
Va trop fort.

5.
L’été entre les deux premières années universitaires, à l’heure où l’ultime semestre s’était clôt de saine paresse et que pointaient les envies d’aventures, elle partait.
C’était le temps des mauvais bagages tôt pliés, sacs à dos rafistolés ou vilaines valises; ancêtres de celles à roulettes et manches télescopiques savants. L’époque des bagages bricolés dans lesquels sa toute fin d’adolescence entassait maladroitement jeans troués, tuniques indiennes et essences de patchouli dont se badigeonner le cou. Elle s’appliquait également ce parfum à l’intérieur du poignet, en faisait le signe que son corps sortait de la chrysalide enfantine pour naitre à une autre étape de son évolution. Femme en bourgeon, elle devenait.
Celle qu’elle serait bientôt, se parfumerait derrière l’oreille et au creux du poignet de fragrances bien plus complexes et onéreuses. Elle les choisirait poivrées, qui attireraient tous les museaux. Mâles ou femelles.
Ses modèles changeront, elle reconnaitra des traces rock’n’roll jusque dans certaines grandes bourgeoises. Elle aura acquis l’évidence que le monde est poreux et que ni misère ni bohème ne sont exemptes d’intolérance fratricide. Elle aura depuis longtemps pris en absolu modèle le brushing parfait d’une actrice talentueuse et très tenue dont l’apparente froideur la fascinera. Cette femme-là concentrera à elle seule toute la féminité à la française. Avec les années, on verrait son corps révéler une imposante charpente que les kilos et l’affaissement naturel des chairs trahiraient. Elle avait cependant toujours été là, cette solide charpente de terrienne bellement incarnée. Elle était d’une élégance têtue, capable d’arrêter sa voiture au hasard d’une route départementale de campagne pour y chercher un paquet de cigarette qu’elle ne trouverait jamais. C’était scène de film, certes, mais on sentait bien que tel scénario était possible dans la vraie vie de ce monstre sacré par le peuple.
Un vieux taiseux de place de village finirait par lui rouler une clope de ses doigts gours, bourrus et abimés par le labeur des champs et la mécanique agricole. Il ne jouerait en définitive cette scène pas plus qu’elle ne le faisait. Le duo serait dans la justesse simple de l’existence qui s’exprime hors du diktat des conventions. Cela nous parviendrait car ce serait filmé, voilà tout, devenant LA scène dans laquelle on la connaitrait le mieux. LA scène où l’on comprendrait notre attachement intime à sa personne. Elle ne joue pas à l’actrice, il ne joue pas au paysan, ils sont vrais gens. D’ailleurs il ne sait pas qui est cette femme en face de lui, qui patiemment attend la fin de son ouvrage. Elle n’a donc pas besoin d’être autre chose qu’elle-même.
Il devra s’y reprendre à plusieurs fois, tellement ses doigts se sont gonflés aux exigences d’un quotidien qui vous épluche la vie ainsi que les mains; celles que l’on râpe au labeur et dans lesquelles cracher sert autant au courage qu’à faire en sorte que le bois de la pioche ne glisse pas avant que le travail soit achevé. Et cela dure, et cela dure de vraies longues minutes pour emprisonner, régulier, le tabac dans sa feuille de papier.
Le résultat est enfin là, un peu de guingois, cylindre boursouflé ainsi que les doigts pâteux qui ont fini par l’engendrer. Pour sa confection, l’homme rustre n’a pas un instant hésité à donner de lui-même, salive comprise. Il a passé et repassé sa langue sur le papier. Le processus qui en faisait craindre l’accouchement impossible donne cependant naissance à une cigarette, et les doigts de la star prennent le relais, reconnaissants de la peine prise à confectionner le cadeau qui partira en fumée. Cela a pris plus de temps à faire qu’à accepter, aucun mot superflu n’a été échangé. C’est sobre, sincère, presque muet. Effort de l’un, plaisir de l’autre sont donc sobres, sincères et presque muets. Elle tire sur l’épais tabac gris. La blonde fume du gris et c’est un plaisir qui se mérite car le feu s’éteint si elle n’y travaille pas. Effort permanent et odeurs acres, le mythe vivant y travaille à hauteur de ce que le vieil homme a œuvré pour lui faire sa clope. On est loin du duo racé des Prédateurs de Tony Scott et pourtant c’est beaucoup plus rock’n’roll.
Elle prendra bientôt source sur ce modèle-là, la fraiche étudiante; sur l’élégance du silence en toute circonstance. Mais elle ne le sait pas encore. Pour le moment elle crache sur ce genre de grande bourgeoise, elle est encore adulte en herbe, graine de femme qui se croit déjà arrivée au summum de sa féminité. Elle en boude donc fièrement le cliché, emprisonnée dans l’inévitable tunique indienne et la paire de jeans savamment usés. Le patchouli à la naissance de son long cou est appliqué bien trop bas pour troubler un nez qui viendrait fébrilement se coller à sa joue pour une bise amicale espérant davantage. C’est derrière l’oreille, qu’elle posera bientôt l’effluve qui émeut, mais pour l’heure elle n’est pas tout à fait au point. Pour l’instant, elle est juste prête à engloutir la terre entière dans l’enthousiasme idiot et la prétention touchante qui sont encore les siens. Elle apprendra bien assez tôt à les ravaler et à se nourrir de compromis plus ou moins digérés, plus ou moins digérables. Pour l’instant la jeune femme, c’est moi.

Fin de la première saison.
Le reste du roman est écrit, il cherche éditeur, éditrice.

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