Mon royaume pour des ailes !

J’ai toujours eu le plus grand respect pour ce qui porte ailes : aviatrices, insectes, oiseaux, enfants et poètes.
Les enfants aux cris aigus d’hirondelles sautillent longtemps après qu’on leur a rogné les ailes. Ils courent et gambadent, ils ne savent pas marcher, leur corps ne croit qu’à l’élan.
A force de se ronger les songes sur les bancs de l’école où l’on apprend la peur des parents, ils oublient qu’ils sont oiseaux. Restent leurs bras pleins de nuages, leurs genoux meurtris d’avions sans ailes et leur nez en l’air. Parfois aussi, leurs carnets de poèmes.
Saint-Exupéry, bien qu’aviateur, a toujours eu la nostalgie de l’enfance vissée au cockpit. Le ciel vu de la terre, c’est joli. La terre vue du ciel, c’est impressionnant. Pourtant rien n’égale le ciel vu du ciel…
« C’est délicieux d’atterrir, après on s’ennuie. », aime-t-il à répéter en mantra à mes nuits de veilles pétries de lune.
D’ailleurs, n’a-t-il pas fini par prendre la plume ?

(c) – 2021 Anne Vassivière

Hier, j’ai entrepris de réparer le tort de négligence fait aux plantes qui habitent ma petite terrasse. J’ai labouré, retourné de mes mains la terre noire, expliqué aux pousses moribondes que je m’étais laissée distraire par les choses humaines. J’ai tenté de leur redonner confiance ainsi qu’à moi-même ; les mains dans la terre, c’est un peu cela, non ?

Et puis, au milieu de mes chapelets d’excuses et de promesses, j’ai entendu un bourdonnement intempestif au point de me faire taire. Un bourdonnement extrêmement véhément, une colère précisément dirigée contre ma personne. Je tendais l’oreille…oui, cela provenait de la terre remuée…avais-je malencontreusement recouvert un insecte qui volait par là ? Il fallait être douce mais rapide, il était en train d’étouffer par ma faute. Je comprenais enfin que je n’avais pas recouvert mais découvert l’insecte. Le pollinisateur s’était installé dans la petite jardinière cédée à la tranquillité de la friche. Je laissais mon entreprise en l’état et m’éclipsais honteuse. Il m’insultait copieusement en se recreusant un nid propice.

(c) – 2021 Anne Vassivière

A ce stade de son histoire, l’inconnue est en train de perdre toutes ses ailes. Le dénouement est proche…

« Dans cette station de métro il y a toujours des oiseaux qui volent à vive allure et tracent droit au ras des plafonds, sans fléchir. Toujours par trois. Ce n’est rien que des pigeons, mais quel oiseau n’est pas noble ?

Escadrille qui nous nargue d’un bout de tunnel à l’autre. Comme nous, mais en haut. Escadrille aillée et souterraine. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s